Il y a des semaines où quelque chose semble se déplacer doucement à l’intérieur de nous.
Pas nécessairement dans de grands événements spectaculaires.
Parfois, c’est une image.
Une rencontre.
Une parole.
Une larme qui arrive sans prévenir.
Et peu à peu, tout semble nous ramener au même endroit.
Pour moi, cette dernière semaine m’a ramenée à une seule chose : la confiance.
L’aigle, dimanche matin
Dimanche matin, j’étais assise sur mon divan, devant la fenêtre.
J’étais au téléphone avec quelqu’un de l’Église Nouvelle Vie de La Prairie.
Avec ma blessure, ma chaise roulante et toutes les limitations que je vis en ce moment, je voulais savoir quelles dispositions étaient possibles pour m’accueillir. Comment j’allais pouvoir entrer, m’installer, et simplement participer à la célébration dans mon état actuel.
Pendant que nous parlions, mon regard s’est porté vers la fenêtre.
Et là…
Un aigle.
Je suis devenue complètement muette au téléphone.
Je le regardais.
Je n’arrivais presque plus à parler.
Dans l’état où je suis présentement, assise, immobilisée, dépendante des autres pour tellement de choses, cette vision m’a profondément saisie.
L’aigle m’a ramenée à ce passage :
« Mais ceux qui se confient en l’Éternel renouvellent leur force. Ils prennent leur vol comme les aigles. »
— Ésaïe 40:31
Je ne veux plus chercher à transformer chaque événement en signe que je dois absolument décoder.
Mais je peux reconnaître ce qu’un moment fait naître dans mon cœur.
Et cet aigle, ce dimanche matin, alors que j’étais justement en train de demander comment on pourrait m’aider à venir jusqu’à l’église, m’a arrêtée net.
Moi, assise sur mon divan.
Lui, libre dans le ciel.
Et peut-être cette invitation intérieure à comprendre que prendre son envol ne signifie pas toujours tout accomplir par ses propres forces.
Parfois, il faut aussi apprendre à se laisser porter.
Entrer dans l’église autrement
Quelques heures plus tard, Denis et moi sommes arrivés à l’Église Nouvelle Vie de La Prairie.
Avant même que la célébration commence, alors que nous étions encore dans le hall, un homme que je ne connaissais pas s’est approché de moi.
Il m’a regardée et m’a demandé :
« Puis-je prier pour vous, ma sœur? »
Je ne le connaissais pas.
Il ne connaissait pas mon histoire.
Il ne savait pas tout ce que je traversais intérieurement.
Et pourtant, il s’est arrêté.
Pour moi.
Il a posé sa main sur moi et il a prié.
Et pendant qu’il priait, j’ai senti mon cœur se remplir.
Je ne pourrais même pas mettre exactement les bons mots sur ce que j’ai ressenti.
De la douceur.
De l’émotion.
Une chaleur intérieure.
Comme si, pendant quelques instants, quelque chose en moi acceptait simplement de recevoir.
Et ce mot revient encore :
Recevoir.
Je suis tellement habituée à donner.
À accompagner.
À soutenir.
À porter.
Mais depuis ma blessure, la vie m’oblige aussi à expérimenter l’autre côté.
Recevoir de l’aide.
Recevoir une présence.
Recevoir une prière.
Recevoir sans avoir à rendre immédiatement quelque chose en retour.
Puis la célébration a commencé.
Et ce jour-là, on a justement parlé des uns et des autres.
De l’importance de prendre soin les uns des autres.
De donner de l’aide.
Mais aussi de savoir demander de l’aide.
Et là, forcément, ça m’a touchée.
Parce que depuis ma blessure, demander de l’aide fait partie de mon quotidien.
J’ai besoin qu’on m’aide pour des choses que je faisais auparavant sans même y penser.
Me déplacer.
Transporter quelque chose.
Adapter mes journées.
Accepter les limites de mon corps.
Et pour quelqu’un qui a appris très tôt à se débrouiller seule, ce n’est pas simple.
Ce dimanche-là, tout semblait me ramener à la même chose :
Je n’ai peut-être plus à tout porter seule.
À l’église, j’ai chanté.
J’ai levé ma main vers le ciel.
Et peu à peu, ma gêne du début s’est dissipée.
J’étais là.
Dans ma chaise roulante.
Avec ma jambe qui tirait.
Avec mes limites.
Mais j’étais là.
Et j’étais heureuse d’y être.
J’ai également rencontré en personne la femme qui s’occupe des baptêmes, celle avec qui j’avais déjà échangé.
Et une pensée m’a traversée :
Peut-être que je suis doucement en train de trouver une famille spirituelle.
Une famille où je n’ai pas seulement à donner.
Une famille où, peut-être, je peux aussi apprendre à recevoir.
Puis ce matin…
Ce matin, j’étais encore couchée, réveillée, lorsque quelque chose m’est apparu avec une grande clarté.
J’ai toujours cru en Jésus.
Je l’ai toujours aimé.
Il a eu une place dans ma vie bien avant ce qui se passe aujourd’hui.
Mais je me suis rendu compte qu’il existe une différence immense entre croire en Jésus… et lui faire suffisamment confiance pour lui remettre les rênes de ma vie.
Et là, j’ai compris quelque chose.
La confiance a toujours été difficile pour moi.
Depuis l’âge de huit ans, j’ai appris à tenir les rênes.
À avancer.
À prévoir.
À protéger.
À survivre.
À compter sur moi.
J’ai marché avec d’autres humains.
Certains que j’ai aimés profondément.
Et parfois, cette confiance a été abîmée.
Alors quelque part en moi, j’ai appris :
Ne lâche pas les rênes.
Et ce matin, je me suis rendu compte que ce réflexe existait encore jusque dans ma relation avec Jésus.
Je sais pourtant que Jésus n’est pas eux.
Je sais qu’il n’est pas ceux qui m’ont blessée.
Je sais qu’il n’est pas ceux qui sont partis.
Mais mon cœur, lui, doit encore apprendre cela.
Alors je lui ai tout dit.
Sans belle formule.
Sans essayer de faire une prière parfaite.
Je lui ai dit que je l’aimais.
Je lui ai dit que je croyais en lui.
Mais je lui ai également dit que lui donner complètement les rênes de ma vie me faisait peur.
Parce que ces rênes-là, je les tiens depuis tellement longtemps.
Et je lui ai demandé :
« Jésus, aide-moi à te donner les rênes de ma vie. Aide-moi à te faire confiance. »
Puis je me suis revue enfant.
Et j’ai vu Jésus avec moi.
Et dans mon cœur, cette parole :
« J’ai toujours été là. Je n’ai jamais cessé de tenir ta main. »
Et là…
J’ai pleuré.
Parce que peut-être qu’une partie de moi avait besoin d’entendre exactement cela.
Et si tout était relié?
Dimanche matin, j’étais au téléphone pour demander de l’aide afin de pouvoir me rendre à l’église.
Pendant cet appel, je vois un aigle.
Quelques heures plus tard, un homme que je ne connais pas s’arrête devant moi et me demande s’il peut prier pour moi.
Il pose sa main sur moi.
Je reçois.
Puis, pendant la célébration, on parle justement de prendre soin les uns des autres, de donner, mais aussi de demander et de recevoir de l’aide.
Et deux jours plus tard, je comprends que le même apprentissage existe dans ma relation avec Jésus.
Recevoir.
Faire confiance.
Ne pas tout porter seule.
Desserrer les mains.
« Confie-toi en l’Éternel de tout ton cœur, et ne t’appuie pas sur ta sagesse. »
— Proverbes 3:5
Peut-être que ma blessure m’apprend quelque chose que je n’aurais jamais choisi d’apprendre de cette manière.
Accepter d’être portée.
Par les autres parfois.
Et par Dieu aussi.
La foi n’est peut-être pas de ne plus avoir peur
Je pensais peut-être que faire véritablement confiance à Jésus signifiait qu’un jour je n’aurais plus peur.
Que je saurais exactement où il me conduit.
Que j’aurais une foi tellement solide que je ne reprendrais jamais les rênes.
Je ne crois plus que ce soit cela.
Peut-être que la confiance ressemble davantage à ceci :
« Jésus, j’ai peur. Je sens mes mains qui veulent encore tout contrôler. Mais apprends-moi à te les remettre. »
Je ne sais toujours pas exactement ce que deviendra mon travail.
Je ne sais pas encore quelle forme prendront mes accompagnements.
Je ne sais pas comment tout ce qui tombe actuellement va se reconstruire.
Il reste beaucoup de :
« Je ne sais pas. »
Et pourtant, quelque chose change.
Je commence à comprendre que je n’ai peut-être pas besoin de connaître toute la route.
Aujourd’hui commence ma préparation au baptême
Et aujourd’hui a lieu ma toute première rencontre Zoom de préparation au baptême.
Mon baptême aura lieu le 1er novembre.
La décision de me faire rebaptiser ne date pas d’hier. Elle remonte déjà à quelque temps.
Ce désir avait commencé à prendre place en moi avant même cette semaine, avant même l’aigle, avant même cette visite à l’église.
Quelque chose en moi savait déjà que je voulais poser ce geste consciemment, avec ma foi d’aujourd’hui, avec la femme que je suis devenue, et avec ce désir profond de marcher avec Jésus autrement.
Ce qui change maintenant, c’est que je comprends de plus en plus ce que ce geste représente pour moi.
Je trouve cela tellement particulier de commencer cette préparation précisément aujourd’hui, après cette prise de conscience.
Je n’y arrive pas avec une foi parfaite.
Je n’y arrive pas en disant :
« Seigneur, regarde comme je sais bien te suivre. »
J’y arrive plutôt ainsi :
« Seigneur, voici mon cœur. Il t’aime. Il a peur. Il apprend encore à te faire confiance. Mais il veut te suivre. »
Peut-être que mon baptême commence déjà ici.
Dans cette décision intérieure de ne plus seulement croire que Jésus existe.
Mais d’apprendre réellement à marcher avec lui.
À recevoir.
À demander.
À faire confiance.
À desserrer les rênes.
Dimanche, j’étais assise devant ma fenêtre lorsqu’un aigle a traversé mon regard.
Quelques heures plus tard, un inconnu priait pour moi dans le hall d’une église.
Puis j’entendais parler de l’importance de nous porter les uns les autres.
Et ce matin, j’ai compris que depuis tellement longtemps, j’essayais moi aussi de porter ma vie presque entièrement seule.
Alors aujourd’hui, après toutes ces années à tenir, à prévoir, à protéger et à essayer de savoir où aller, il ne me reste peut-être qu’une chose à dire :
Seigneur, en tremblant, je te remets les rênes de ma vie.